Vidéo : Comment vivre ensemble dans la Cité européenne ? – Wikistage

WikiStage – Maison de l’Europe de Paris le 13 juin 2014

« Je voudrais faire mienne une citation d’Albert Camus qui dit que chacun d’entre nous (en parlant des artistes) a au fond de lui une source unique qui alimente, toute sa vie durant, ce qu’il est et ce qu’il dit… et je sais que pour moi cette source est ce monde de pauvreté et de lumière où j’ai longuement vécu et qui me préserve de deux dangers contraires, à savoir, la satisfaction et le ressentiment. »
« Car nous autres, comme le dit l’écrivain grec Yannis Kiourtsakis, car les autres ne cessent de nous habiter et de nous transformer, nous les autres, nous formions en fait une petite société européenne, la mittel europa, dans la vallée des anges. »
« Il faut toutefois être lucide, et comme le dit le poète René Char, la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. Donc la lucidité, même si elle est douloureuse, elle nous oblige en tout cas à porter un regard sans concession sur ce qui se passe actuellement en Europe. Parce qu’au sein de l’Europe, et bien ce projet ne fait plus rêver. »
« Alors comme disait Jacques Delors, l’ancien président la commission, on ne peut pas tomber amoureux, en tout cas pour ma part amoureuse, d’un marché, j’espère ! Et je pense que c’est le cas également pour vous. »
« Dans cette urgence sociale et face à cette grande colère des faits chère à Michel Foucault, et bien l’Europe, et nous, citoyens, nous avons l’impérieuse responsabilité de nous engager à agir. De nous engager à agir pour que, désormais, les droits des pauvres ne riment plus avec pauvres droits. »

Djémila BOULASHA @WikiStage Maison de l’Europe Paris

Voir sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=v5XWy_V7OOw

Pour des maisons européennes du citoyen – Huffington Post

huffington-postArticle publié par Le Huffington Post le 26 mai 2014.
Djemila-Boulasha-Huffington-Post

Djemila Boulasha, Présidente fondatrice d’EuropAnous

Qu’est-ce que le citoyen européen ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique européen? Rien.
Que demande-t-il? A y devenir quelque chose.

Alors que le scrutin européen vient de s’achever ce 25 mai, le libelle de Sieyès de 1789 sur le Tiers Etat revêt une singulière actualité. Voilà en effet qu’un bel endormi a refait surface le temps de la campagne électorale: le citoyen européen. La Commission européenne aura beau avoir mis à l’honneur ce dernier en désignant 2014 Année européenne du citoyen, thème déjà choisi pour 2013, le citoyen européen reste encore largement, hélas, une « fiction politique » qu’on sort des limbes tous les 5 ans mais qui se fait porter régulièrement pâle; depuis 1979 (première élection du Parlement européen au suffrage universel), les 7 scrutins ont affiché une augmentation de l’abstention et ce, alors même que les pouvoirs du Parlement européen se sont considérablement étoffés. Le taux d’abstention en Europe est passé de 30,08% en 1979 à 56,89% en 2014. En France il est de 56,85%. L’abstention est particulièrement prononcée chez les jeunes et dans les milieux populaires; ces derniers, pour qui la politique relève « d’un spectacle ésotérique », pèsent ainsi de moins en moins sur le résultat des élections européennes (mais aussi nationales). Dans le climat actuel de discrédit de la classe politique et de désenchantement vis-à-vis du projet européen, qui s’est traduit par une forte poussée de l’extrême droite en France et en Europe, ne nous étonnons pas qu’un grand nombre de nos concitoyens se soient ainsi pliés à la fameuse invitation de l’écrivain Octave Mirbeau (Grève des électeurs -1898) « Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève ».

L’Europe demeure terra incognita pour bien des citoyens pour qui ce projet, comme le soulignait récemment l’historien Jean-Noël Jeanneney, « est resté celui des élites »; les Français estiment manquer d’informations sur l’Union européenne, qu’ils perçoivent lointaine et technique. L’Europe donne l’impression de fonctionner en vase clos à Bruxelles. Si la démocratie représentative qui fonde le fonctionnement de l’Union européenne (article 10, traité UE) mène à une démocratie de l’abstention, de moins en moins représentative de toutes ses composantes, n’est-il pas temps de promouvoir la démocratie participative? Reconnectons les citoyens à l’Europe mais aussi l’Europe aux citoyens! Ces derniers ne sont pas voués à n’être que des consommateurs du grand marché intérieur ou des sujets homo electus qu’on convoque à des rituels électoraux tous les 5 ans.

Comme le suggérait l’ancien maire de Venise, le philosophe Massimo Cacciari, il faut inviter les gens à réinvestir la Cité pour renouer avec une démocratie authentique. Or, pour s’affirmer citoyen européen encore faut-il qu’émerge la conscience d’une citoyenneté européenne de droits et de devoirs; si cette dernière est bien consacrée par les traités et s’ajoute à la citoyenneté nationale sans la remplacer, elle doit encore trouver les moyens de se donner une âme. La citoyenneté européenne est un processus qui se construit plus que jamais au quotidien et dans la proximité.

Des outils institutionnels existent mais sont peu connus et peu utilisés: consultations publiques de la Commission européenne, recours au médiateur européen, questions et droit de pétition auprès du Parlement européen (depuis 2009, seules 10.000 pétitions ont été déposées et concernent l’environnement, la libre circulation des personnes, les discriminations, l’emploi, la justice, la corruption,); initiative citoyenne européenne. Cette dernière, introduite par le traité de Lisbonne, est compliquée à mettre en œuvre: 1 million de signatures en un an avec un nombre minimum par Etat pour inviter la Commission à faire, si elle en est d’accord, une proposition législative dans un domaine de compétence européenne. Une seule, celle revendiquant l’eau comme un bien public, est jusqu’à présent parvenue au stade d’examen de la Commission européenne (mars 2014) et n’a malheureusement débouché sur aucune initiative de cette dernière.

Il faut aller au-delà du cadre institutionnel et inventer de nouveaux outils pour créer un environnement propice à un véritable espace public européen où chacun peut devenir acteur de la construction européenne et être pleinement citoyen européen.

De nombreuses associations mènent un travail important pour promouvoir l’information et le débat européen en France, malheureusement insuffisant. Ce travail doit aller de pair avec une couverture médiatique plus forte. La pétition « Plus d’Europe à la télé » va dans ce sens. Le Sénat propose quant à lui la création d’une Radio France Europe (RFE) pour mieux faire connaître aux Français la vie des et dans les 27 autres Etats membres. L’information est certes importante, encore faut-il qu’elle puisse toucher des publics et des territoires bien éloignés des débats européens. L’association EuropAnous vise à tisser du lien européen précisément là où il fait défaut, pour rendre « l’Europe populaire mais pas populiste », de façon à mettre le citoyen au cœur de l’Europe et l’Europe au cœur du citoyen, de tous les citoyens au sens le plus large. Il est en effet urgent de décloisonner ces différents mondes, de travailler à plus de proximité et de confiance commune de part et d’autre, à la construction d’un sens commun européen et d’un commun européen qui ait et qui donne du sens. Les citoyens, quels qu’ils soient, doivent se réapproprier plus que jamais la res publica européenne, nourrir le projet européen par leurs idées, leurs utopies, leurs rêves, leurs initiatives, pour que chacun se sente membre à part entière et non pas totalement à part de la Polis, de la Cité européenne.

EuropAnous veut promouvoir davantage de proximité européenne en mettant en place des maisons européennes du citoyen qui seront des outils de synergie entre les populations locales, les associations, les syndicats, les coopératives, les entreprises, les élus locaux, nationaux, européens, les instances européennes et leurs bureaux de représentation, etc. Les maisons européennes du citoyen constitueront non seulement un espace d’information et de débat mais surtout de formation à la citoyenneté européenne en permettant à chacun d’utiliser au mieux le cadre européen et d’influencer son contenu. Les maisons européennes du citoyen se veulent caisse de résonance et de transmission des attentes et des propositions des citoyens vis-à-vis des programmes et des législations européennes, pour ainsi renforcer leur ancrage dans le processus décisionnel européen (notamment au travers du Parlement européen); elles permettront de mobiliser les citoyens pour interpeller les instances européennes et d’être force de propositions. Elles constitueront une sorte d’agora (accessible et ouverte à tous sans restriction aucune), où l‘isegoria, ce droit à la parole de l’antique Athènes, permettra à celui « qui veut, qui peut » de « donner un avis utile pour » la Cité européenne.

Comme l’a souligné le philosophe allemand Jürgen Habermas « nous n’avons besoin d’aucun peuple européen, mais d’individus éclairés, ayant appris qu’ils sont à la fois, réunis en de mêmes personnes, citoyens d’un Etat et citoyens européens ».

 

Voir sur le site : http://www.huffingtonpost.fr/djemila-boulasha/maison-europeennes-du-citoyen_b_5392391.html

L’Europe doit d’urgence redonner du sens à son projet – Médiapart

MediapartArticle publié par Médiapart le 7 mai 2014, rubrique Les invités de Mediapart

Juriste de droit communautaire, Djémila Boulasha a créé l’association EuropAnous pour « créer du lien européen là où il fait défaut, en particulier dans les quartiers populaires ». Inquiète, à l’approche des élections, « des poussées d’euroscepticisme et d’europhobie » et face à l’urgence sociale, elle estime que les citoyens doivent agir pour se réapproprier le projet européen.

Je ne suis ni une femme engagée, ni une femme enragée mais à l’instar de l’écrivain italien Erri De Luca, je suis une femme qui « a pris des engagements » ; des engagements envers le milieu modeste d’où je viens et de ses valeurs ; je ferais en effet mienne cette pensée lumineuse d’Albert Camus qui dit en parlant des artistes que « chacun garde, au fond de lui, une source unique qui alimente pendant sa vie ce qu’il est et ce qu’il dit. …. Pour moi, je sais que ma source est dans ce monde de pauvreté et de lumière où j’ai longtemps vécu et dont le souvenir me préserve encore des deux dangers contraires qui menacent toute personne, le ressentiment et la satisfaction. »

C’est cet ancrage qui m’a donné et qui me donne la force de mes engagements.

Issue d’un milieu populaire, je viens d’une vallée qui un temps fut riante : la vallée des « ange », dans l’Est de la France, en Lorraine ; vallée industrielle où les noms de villes se terminent par « ange » ; je viens plus précisément de la cité du Haut Kem à Ebange puis de la rue du Luxembourg à Florange ; Florange, sortie il y a plusieurs mois de l’anonymat et que vous associez tous à présent à la sidérurgie, aux hauts fourneaux, aux restructurations, à ArcelorMittal, etc.

Florange, comme d’autres villes de Moselle, ce « pays aux 3 frontières » (Luxembourg, Belgique, Allemagne) bat au tempo européen. Depuis des décennies, des hommes et des femmes sont venus de toute l’Europe et de la Méditerranée pour façonner la singularité de la vallée et « forger l’acier rouge avec leurs mains d’or » comme le dit la chanson. C’est cette vallée et son cortège d’humanité avec ses valeurs de solidarité, d’entraide des plus humbles envers les plus humbles, de dignité, d’honneur (l’honneur, n’est-il pas, selon Camus, la dernière richesse des pauvres ?), de partage, de curiosité, du goût des autres et de l’amour de mes parents, toutes ces valeurs dans lesquelles j’ai grandi et qui m’ont fait grandir, et qui ont façonné mon vif attachement à la « chose » européenne, la res publica européenne ; car je faisais en quelque sorte déjà l’Europe sans le savoir comme d’autres font des vers sans en avoir l’air !

Car « nous les autres », comme le dit si bien l’écrivain grec Yannis Kiourtsakis (« puisque les autres ne cessent de nous habiter et de nous transformer »), nous formions une petite Europe, une sorte de Mitteleuropa dans la vallée des « ange » : brassage de cultures et de langues ; Français, Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, Maghrébins, qui vivions dans des conditions matérielles certes modestes mais riches d’une humanité et qui avions le même langage : celui de la solidarité qui nous rendait solide car la solidarité entraîne la solidité ; solidarité et solidité n’ont-elles d’ailleurs pas la même racine ? Du latin solidus (massif), in solidum (pour le tout). La solidarité, c’est ce liant qui nous assemble, nous rassemble et nous rend plus fort ensemble.

C’est le cinéaste Robert Guédiguian qui, dans ses films qui se déroulent  principalement à Marseille dans le quartier de l’Estaque, a dépeint à merveille cette solidarité ainsi que son délitement dans le milieu ouvrier, de ceux qu’il nomme avec affection (et non avec affectation) « les pauvres gens », ouvriers, salariés, petits patrons, chômeurs, déclassés….

J’ai retrouvé ce socle de valeurs liées à la solidarité, à l’ouverture à l’autre dans le projet européen, dans l’idéal européen, comme dans un miroir ; c’est ce qui m’a servi de fil d’Ariane tout au long de mon parcours académique, professionnel et citoyen rythmé par l’Europe, prégnante comme une évidence !

Je suis juriste de droit communautaire formée notamment à Metz, Nancy, Paris, en Italie, au Luxembourg, en Espagne ; j’ai bénéficié, comme quelque 3 millions de personnes depuis 25 ans, du fameux programme Erasmus, deux ans après son lancement en 1987 ; cela m’a permis d’étudier le droit social européen durant quelques mois dans un cadre hors du commun à l’Institut universitaire européen de Florence, niché dans une ancienne abbaye de la Renaissance, la Badia Fiesolana, dans les collines de Fiesole ; cela m’a permis de rencontrer et d’échanger des idées avec des étudiants et des professeurs de toute l’Europe et même de faire partie d’une chorale, moi l’analphabète du solfège, pour chanter des chants liturgiques du 12ème siècle !

J’ai ensuite débuté mon parcours professionnel à Bruxelles où j’ai longtemps été basée ; j’ai alors été impliquée dans des programmes, des projets et des réseaux européens tous basés sur la dynamique européenne qui fait travailler ensemble des personnes de toute l’Europe pour résoudre des problèmes communs, identifier des solutions pertinentes et avancer ensemble vers un mieux commun.

La première personne qui m’a mis le pied à l’étrier européen, dans ce microcosme très fermé, et qui a été un passeur et ami très cher, était un Allemand, Fritz Wittek, à qui je voudrais rendre hommage; c’était le pape de l’interculturel qui a travaillé intensément au sein de la Commission européenne pour faire émerger des programmes européens d’éducation et de formation plus adaptés à la diversité existant en Europe. J’ai œuvré avec lui au sein d’Eurydice, programme européen d’échanges d’information en matière d’éducation ; j’ai contribué au sein d’Eurocities, réseau des grandes villes européennes (Stockholm, Berlin, Francfort, Copenhague, Palerme, Bologne, Turin, Cracovie, Varsovie, Barcelone, Madrid, Birmingham, Liverpool, Leeds, Amsterdam, Rotterdam, Bordeaux, Marseille, Nantes etc…) à stimuler les échanges, le partage de savoir-faire et de bonnes pratiques entre les grandes villes européennes sur des questions comme la lutte contre l’exclusion sociale, l’emploi/formation des jeunes, l’accueil des personnes âgées, l’éducation interculturelle, l’environnement, le développement local, etc. J’ai contribué à la mise en place d’un programme européen concernant l’accès au marché du travail de catégories particulièrement défavorisées (handicapés, jeunes, femmes, migrants, ex-détenus, ex-toxicomanes). Je suis aussi intervenue plus récemment comme experte auprès du Comité économique et social européen (CESE), qui représente la société civile européenne organisée, pour promouvoir des actions européennes pour lutter contre la pauvreté énergétique (création d’un fonds de solidarité énergétique, mise en place d’un observatoire européen de la pauvreté, etc.).

Toutes ces expériences, extrêmement passionnantes, m’ont profondément enrichie. Quand, il y a quelques années, je suis revenue me baser en France, pour être la diplomate d’affaires publiques d’une entreprise de service public, j’ai eu envie de transmettre « mes acquis communautaires », de partager mon expérience. Et cela d’autant plus que j’avais constaté l’énorme fossé entre le microcosme européen à Bruxelles et le terrain local. L’Europe semblait être une terra incognita pour bon nombre de mes concitoyens.

J’ai créé avec quelques amis l’association EuropAnous pour créer du lien européen précisément là où il fait défaut, en particulier dans les quartiers populaires, pour décloisonner ces mondes, pour rendre « l’Europe populaire », car toute personne doit pouvoir être membre à part entière et non pas totalement à part, de la Polis européenne, de la cité européenne, doit pouvoir s’approprier le projet européen, le nourrir de ses idées, ses utopies. Un des projets qui me tient à cœur est de mettre en place des Maisons européennes du citoyen pour non seulement s’informer (ce que font parfaitement bien de nombreuses autres associations) mais également se former, se mobiliser pour interpeller les instances européennes, pour trouver des financements européens pour des initiatives, pour être force de propositions, etc. Bref, devenir véritablement citoyen européen dans sa conception la plus large du mot et non strictement lié à la nationalité.

Vous l’aurez donc compris, si l’Europe ne semble pas être une passion française, elle est en tout cas la mienne, intensément, ardemment, sans pour autant tomber dans la satisfaction ni dans l’eurobéatitude. Je sais combien l’Europe fascine à l’extérieur. Je me souviens des propos de l’ancien président brésilien Lula de passage à Paris en 2011 lorsqu’il a été fait docteur honoris causa à Science Po : il avait souligné combien ce modèle d’intégration régionale unique faisait rêver ailleurs dans le monde et que l’Europe faisait partie du patrimoine mondial de l’humanitéLes récentes manifestations en Ukraine ont également constitué un vibrant plaidoyer pour le projet européen.

Cependant, il nous faut absolument être lucide ; « la lucidité, nous dit le poète René Char, est la blessure la plus rapprochée du soleil ». Cette lucidité, certes ô combien douloureuse, nous oblige, m’oblige à porter sur l’Europe un regard sans complaisance aucune.

Car au sein de l’Union, tous les voyants sont au rouge. La période actuelle est marquée par un fort discrédit et une vive défiance envers le politique, ce qui impacte le projet européen. Les citoyens français et européens sont désenchantés, ce qui se traduit par des poussées d’euroscepticisme et d’europhobie. Rappelons le taux d’abstention en France aux dernières élections européennes en 2009 : 59,37% (et 57,24% en 2004). Dans certaines villes comme à Bobigny, il s’était élevé à 74,62% ; cette désaffection dans les milieux populaires a fait dire à certains chercheurs que la politique s’y apparentait à « un spectacle ésotérique » ! Pour le prochain scrutin européen dans quelques semaines, les sondages annoncent un très fort taux d’abstention et une forte poussée de l’extrême droite ; ce qui ne peut qu’être alarmant pour tous les républicains que nous sommes.

Nos concitoyens, ne se retrouvent plus, avec raison, dans l’Europe d’aujourd’hui, monstre froid et technocratique, figée dans ses prétentions, éloignée des aspirations sociales ; les citoyens ont le sentiment que l’Europe fonctionne en vase clos, impression renforcée dans ce contexte de crise par l’arrogance de troïkas impérieuses sans légitimité démocratique qui imposent leurs conditions drastiques aux Etats. Les politiques d’austérité menées en Europe impactent surtout les plus modestes, qui payent le prix fort de la crise ; explosion des inégalités, augmentation du chômage (1 jeune sur 4 n’a pas d’emploi en Europe, 12% de chômage en Europe en décembre 2013) ; plus de 120 millions d’individus sont menacés en Europe par la pauvreté et l’exclusion sociale ; 15 millions de personnes en Europe seraient des « pauvres énergétiques ». On assiste à l’émergence d’une société de précariat, comme le disait le sociologue Robert Castel, ce qui fissure le vivre ensemble dans la Cité européenne.

Je le dis sans ressentiment aucun : l’Europe actuelle donne l’impression d’être forte avec les faibles et faible avec les forts. Si les citoyens européens sont tous égaux, certains semblent plus égaux que d’autres, comme le dit Orwell. La concurrence est un dogme érigée en totem ; le marché une fin en soi, où les individus sont des consommateurs avant d’être des citoyens, où règne « la gouvernance par les nombres » dénoncée par le juriste de droit social Alain Supiot.

Mais qui peut tomber amoureux d’un grand marché, comme l’a dit Jacques Delors, l’ancien président de la Commission européenne ?

Alors il est temps qu’il soit temps, comme le dit le poète Paul Celan, il est temps qu’il soit temps que l’Europe retrouve ses engagements initiaux et réaffirme, plus que jamais, les principes qui sont au cœur de la démocratie sociale ; qu’elle renoue comme nous y invite Alain Supiot à l’esprit de Philadelphie qui a irrigué le projet européen, en particulier les valeurs de dignité humaine et de solidarité. En s’éloignant de ces dernières, parents pauvres de son action, l’Europe en est devenue moins solide. L’économie et la concurrence ne doivent plus être des fins en soi, mais des moyens au service des Hommes, pour une plus grande justice sociale et une meilleure redistribution des richesses.

Face à l’urgence sociale, « cette grande colère des faits » chère à Michel Foucault, l’Europe et nous, citoyens, sommes sommés d’agir ; nous avons l’impérieuse responsabilité de nous engager à agir, pour nous réapproprier le projet européen car « il n’est pas de paix durable sans justice sociale ». L’Europe doit d’urgence retrouver le sens, redonner du sens à son projet au risque de perdre son âme. L’Europe et nous, citoyens, devons agir pour ne plus faire rimer « droit des pauvres » avec « pauvres droits » ! En cette année 2014 proclamée (tout comme 2013) Année européenne des citoyens, nous devons agir pour que chacun puisse vivre dignement en Europe, travailler dignement, se loger dignement, se soigner dignement, se former dignement.

En tant que citoyenne française et européenne, j’ai pris des engagements pour réhabiliter la parole publique, j’ai pris des engagements pour revivifier notre si belle devise républicaine «Liberté, égalité, fraternité». En tant que citoyenne française et européenne, j’ai pris des engagements pour donner une âme à la devise de l’Union européenne : « Unis dans la diversité ».

Djémila Boulasha, présidente fondatrice de l’association EuropAnous

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Voir sur le site : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/070514/l-europe-doit-d-urgence-redonner-du-sens-son-projet

Table ronde sur le rôle de l’Union européenne dans les quartiers populaires.

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COMMUNIQUE DE PRESSE 2012-01-25-Table-ronde-EuropAnous

25 janvier 2012

« Quartiers populaires : oubliés par la République, ignorés par l’Union européenne ? Comment dépasser l’indifférence mutuelle ? » : la table-ronde avec le Député européen Daniel Cohn-Bendit organisée par l’association EuropAnous en partenariat avec le Barreau de la Seine-Saint-Denis à Bobigny, le soir du 25 janvier, a suscité des échanges passionnés avec l’auditoire, fort nombreux et très diversifié : éducateurs, juges, avocats, enseignants, élus locaux, responsables et membres d’associations, étudiants, journalistes, simples citoyens, de la Seine-Saint-Denis et de Paris.

Face à un public, particulièrement sensible à la présence d’un député européen, à l’aura incontestable, dans des territoires marqués par des fractures profondes et s’estimant oubliés, un public revendiquant son besoin de « plus d’Europe » notamment sociale, insistant sur l’absence de cette dernière dans les quartiers populaires, sur son accès difficile notamment pour ce qui a trait aux financements de projets du fait de la grande complexité des dispositifs trop bureaucratiques, le député européen a, en plaidant vigoureusement pour une Europe plus sociale dotée d’un budget autonome, rappelé le partage des responsabilités, notamment du fait de la subsidiarité, entre les différents échelons (local, national et européen) et plaidé pour une meilleure articulation et synergie entre eux. Certains blocages étant dus principalement au niveau national, les efforts devaient être menés sur ce point pour susciter des réponses locales appropriées et innovantes (mise en réseaux, dispositifs régionaux d’information et de soutien administratifs et financiers des petites structures associatives pour l’accès aux programmes européens, mutualisation des efforts).

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Pour Djémila Boulasha, présidente d’EuropAnous, il y a urgence à intervenir dans ces quartiers: taux d’abstention alarmiste aux dernières élections européennes (à Bobigny : 74,62%) ; situation sociale et économique tendue (cf. Rapport de l’Observatoire national des zones urbaines sensible Onzus*) , absence de citoyenneté. Il faut accroître la proximité avec l’échelon européen car bien des programmes pourraient être particulièrement bénéfiques aux habitants, ces derniers devant être considérés, quelle que soit leur nationalité, comme des membres à part entière de la « Polis » européenne. Un des outils de proximité pouvant être la mise en place dans ces territoires d’antennes des bureaux d’information/ de représentation du Parlement européen et de la Commission européenne.

CONTACT:
Djémila BOULASHA, présidente et fondatrice d’EuropAnous
Téléphone portable : +33 (0) 6 16 71 77 67
Email

* Rapport de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles: 43 % des jeunes hommes actifs et 37 % des jeunes femmes au chômage, en 2009, dans les quartiers sensibles. 2 fois plus de bénéficiaires des minimas sociaux dans les ZUS, 2 fois plus de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et 3 fois plus de bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU).

Florange et la vallée des « ange » : péril en la ‘Polis’ ! – Alternatives Economiques

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Article publié par Alternatives Economiques le 18 janvier 2013.

On se prend à rêver d’une Europe pilotant une stratégie industrielle offensive sur le plan extérieur comme intérieur, mobilisant ses capacités d’anticipation, misant plus que jamais sur la R&D et l’innovation ; pourquoi pas une euronationalisation pour sauver les secteurs stratégiques menacés ?

Séraphin (Seraphim) est le nom donné dans la Bible aux anges autour du trône de Dieu, dotés de trois paires d’ailes, rouges. C’est aussi le nom de code qui aurait été donné par Bercy au dossier d’une ville, là-bas, au milieu d’une vallée, celle de la Fensch que ses habitants nomment la vallée des « ange », car les noms de ville se terminent par « ange ». Florange, puisqu’il s’agit d’elle, sortie de l’anonymat des petites communes de Lorraine qui n’évoquent pour beaucoup que la grisaille, le froid, la fumée des usines. Par l’actualité, Florange est devenue un  site, indissociable des mots : Mittal Arcelor, hauts fourneaux, acier, restructurations, investissements (viables ou non), nationalisation (partielle, temporaire) brandie comme un étendard avant d’être écartée pour un accord, de reculade pour certains et de victoire pour d’autres. Par l’actualité, Florange est apparue comme un théâtre où la vertu chère à Montesquieu (veiller à l’intérêt commun) aura connu diverses fortunes et où la « virtù » (vaillance) de Machiavel n’aura pas manqué de hérauts pour annoncer la « fortuna » (chance), avec plus ou moins de bonheur.

Dans ce théâtre, y joue-t-on une tragédie où nulle place n’est laissée à l’espoir et où la fatalité règne en maîtresse ? Avant Florange, d’autres « ange » ont été déchus : Gandrange, Uckange, Hagondange, etc. Depuis les années 1980, les temples d’acier que l’on avait cru invulnérables se sont écroulés. Sacrifiés. L’avenir aurait-il désormais pour nom « schtroumph », « wallygator » ? Des parcs d’attraction sur les décombres de l’acier ! Dans ce théâtre, place à la farce, où le désespoir le dispute au rire, jaune ? Un certain Seraphin Calobarsy (Phrancoys Rabelais de son nom de ville), prêtre, médecin qui séjourna rue d’enfer à Metz, ville voisine, n’aurait pas manqué d’y tremper sa plume truculente pour lancer ses saillies égrillardes à la face des puissants.

Ou bien est-ce un drame dans lequel certains, « Hernani » des temps modernes, s’extirpent de la résignation pour affirmer leur être ? 350 kilomètres de marche pour l’acier, de rage et d’espoir pour clamer haut et fort l’appel à la vie, de Florange à Paris, un mois de mars 2012. Des hommes qui disent non à l’immolation qui s’annonce !

Comme s’annoncent d’autres Florange : Rodange,  Schifflange (Luxembourg), Liège (Belgique). Florange, dossier français mais on ne peut plus européen, dans un contexte où la « dogmatique économique de la globalisation » pousse les géants mondiaux sans états d’âme à se disputer âprement le profit, « plus exploiteurs de ressources humaines et naturelles qu’explorateurs et innovateurs ». On se prend à rêver d’une Europe pilotant une stratégie industrielle offensive sur le plan extérieur comme intérieur, mobilisant ses capacités d’anticipation, misant plus que jamais sur la R&D et l’innovation ; pourquoi pas une euronationalisation pour sauver les secteurs stratégiques menacés ? C’est bien en faisant preuve d’imagination et d’audace qu’un natif de Scy-Chazelles en Lorraine, Robert Schuman, inspiré par Jean Monnet, a gagné son pari de sortie de crise en impulsant une solidarité européenne autour de l’acier et du charbon avec la CECA, un 9 mai 1950 !

Florange bat au tempo européen, comme d’autres villes de Moselle. « Pays aux trois frontières », d’où on peut prendre le large même sans avoir la mer. Plusieurs milliers de personnes partent quotidiennement travailler au Luxembourg, en Belgique, en Allemagne. Depuis des décennies, des hommes sont venus de toute l’Europe et de la Méditerranée pour façonner la singularité de la vallée et « forger l’acier rouge avec leurs mains d’or », comme le dit la chanson. Pour les hauts fourneaux de la vallée, point d’Europe. Le miracle Ulcos n’aura pas lieu. Pas de soutien européen puisque le groupe industriel a retiré le projet. Un Ulcos 2 pour 2013 ? Que valent les promesses après tant de propos contradictoires ? Trop de fissures ! On sent confusément que le cortège des mots et leur part d’ombre, qui ont fusé ces derniers mois (promesse, engagement, espoir, conscience, trahison, amertume, révolte, morale, colère, frustration, mauvaise foi, reniement, vérité, mensonge, etc.) transcendent la dimension socio-économique d’un site industriel mené à l’agonie et se fait messager : il y a péril en la « Polis » ! Le Verbe et son silence si éloquent révèlent Florange et la vallée des « ange » comme lieu d’épreuve et de désespoir, pour le politique et pour tout autre ; certains y ont mis toute leur âme, d’autres l’y ont perdue, certains continuent leur jeu sans l’âme qu’ils n’ont jamais eue, d’autres l’y ont peut-être re-trouvée.

Florange et la vallée des « ange », emblème de ces territoires « Seraphim » c’est-à-dire « brûlants », que l’Histoire veut écraser, mais où les hommes, dans un ultime sursaut de dignité, refusent d’abdiquer leur humanité et se prennent à réinventer d’autres façons d’ « habiter le monde ».

Djémila Boulasha, Florangeoise et présidente d’EuropAnous
Article Web – 18 janvier 2013

L’Europe aussi doit faire sa révolution ! – Libération

Article paru dans Libération le 11 mars 2011 dans la rubrique Tribune.Liberation

L’Europe aussi doit faire sa révolution !

Par Djémila Boulasha-Meziani, Présidente de l’’association EuropAnous, juriste — 11 mars 2011 à 00:00

L’Europe aussi doit faire sa révolution !

Le sommet européen spécial Libye-Afrique du Nord d’aujourd’hui dissipera difficilement le malaise flagrant de l’Union européenne face aux printemps méditerranéens. Alors que des milliers de manifestants épris de liberté rendaient un pacifique hommage aux valeurs «dignité», «démocratie», socle du projet européen, l’Union européenne est restée sans voix ! Ces événements sont pourtant l’occasion pour elle de révolutionner sa politique extérieure, de jouer un rôle autre que d’éternelle figurante dans les mutations mondiales.

Force sera d’admettre, comme le dit Daniel Lindenberg, que «la page des certitudes tranquilles est désormais tournée». La politique européenne de voisinage, née en 2004 avec l’élargissement, puis étendue à la Méditerranée, vient de jeter son masque ! Au titre du rempart contre l’islamisme, l’Union européenne a conforté des régimes viciés, super gendarmes chargés de sécuriser la rive sud de la Méditerranée en endiguant les flux migratoires.

Cette complaisance a nourri l’autoritarisme des pouvoirs en place, contribué à faire le lit des extrémismes tout en faisant fuir des milliers de personnes vers l’Europe : 15 638 immigrés (toutes nationalités confondues) sont morts aux frontières de l’Europe entre 1988 et 2010 ; 6 566 ont disparu en mer.

Doit-on rappeler que, fin 2010, l’Union européenne envisageait de récompenser la Tunisie, pays sans «difficultés spécifiques», avec le partenariat avancé ; qu’elle n’a interrompu ses négociations avec la Libye vers un accord global de coopération que le 23 février dernier ?

Plus que son manque de leadership, c’est son ambiguïté qui a tétanisé l’Union européenne. Dans ce théâtre d’ombres, son jeu diplomatique s’est révélé politiquement et moralement contre-productif. A signer un pacte avec le diable, on ne peut qu’y perdre son âme !

L’éthique et le courage doivent guider l’Union pour rejeter toute compromission. Les outils existent mais n’ont jamais été utilisés, comme la clause démocratique permettant de suspendre les accords bilatéraux en cas de violation des droits de l’homme. L’Union doit explorer de nouveaux instruments dissuasifs : gel en amont des avoirs des régimes corrompus ; initiatives sur les «biens mal acquis» ; «responsabilité démocratique» des entreprises, transparence des flux financiers…

Tournée vers l’Est, l’Union européenne doit rééquilibrer son attention vers le Sud ! L’idée relancée par le Parlement européen d’une Banque euroméditerranéenne d’investissement (comme la Berd pour l’Est) va dans ce sens. A condition que les financements, conséquents, ne servent pas à alimenter la chaîne de corruption mais dynamisent l’intégration de cette région sans laquelle un développement économique sera vain.

La transparence dans les relations contractuelles est indispensable. Le Parlement européen, doté du pouvoir de contrôle démocratique, pourrait s’assurer de l’utilisation éthique des fonds. Vigie de l’Union en matière de droits de l’homme, il doit servir plus que jamais d’aiguillon contre les dérives des partenaires extérieurs. L’Union devra nécessairement changer de regard : sortir de son optique sécuritaire et privilégier une vision à long terme d’un codéveloppement durable partagée avec le Sud.

Les printemps méditerranéens prouvent que l’aspiration à la justice est universelle ; la démocratie, soluble aussi dans le Sud, n’est pas un virus qui contamine mais guérit des régimes autoritaires, maladie trop fréquente qui n’est pas une fatalité !

Ces révolutions doivent interpeller l’Europe sur ce qui se passe chez elle. Lucide et forte de sa devise «Unis dans la diversité», elle doit envisager différemment l’immigration méditerranéenne. Plutôt qu’un risque, que l’Union européenne tente obsessionnellement d’endiguer à tout prix, l’immigration n’est-elle pas un atout pour la démographie vieillissante et l’économie de l’Europe ? A l’heure où certains n’hésitent plus, dans une Europe où le populisme gagne du terrain, à proposer de repousser en pleine mer les harragas maghrébins, n’est-il pas temps de promouvoir véritablement les synergies avec les immigrés ?

Ces populations ont montré qu’elles ont «des citoyens», dotés d’un ardent désir de vie, de rêves, d’enthousiasme et de courage, et qui ne demandent que le respect de leur humanité pour vivre au même titre que d’autres dans cette grande cité qui nous rassemble.

Si l’Union européenne était sourde à cela, elle risquerait d’être le fossoyeur des valeurs qui la façonnent.

Voir sur le site http://www.liberation.fr/planete/2011/03/11/l-europe-aussi-doit-faire-sa-revolution_720760