Pour des maisons européennes du citoyen – Huffington Post

huffington-postArticle publié par Le Huffington Post le 26 mai 2014.
Djemila-Boulasha-Huffington-Post

Djemila Boulasha, Présidente fondatrice d’EuropAnous

Qu’est-ce que le citoyen européen ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique européen? Rien.
Que demande-t-il? A y devenir quelque chose.

Alors que le scrutin européen vient de s’achever ce 25 mai, le libelle de Sieyès de 1789 sur le Tiers Etat revêt une singulière actualité. Voilà en effet qu’un bel endormi a refait surface le temps de la campagne électorale: le citoyen européen. La Commission européenne aura beau avoir mis à l’honneur ce dernier en désignant 2014 Année européenne du citoyen, thème déjà choisi pour 2013, le citoyen européen reste encore largement, hélas, une « fiction politique » qu’on sort des limbes tous les 5 ans mais qui se fait porter régulièrement pâle; depuis 1979 (première élection du Parlement européen au suffrage universel), les 7 scrutins ont affiché une augmentation de l’abstention et ce, alors même que les pouvoirs du Parlement européen se sont considérablement étoffés. Le taux d’abstention en Europe est passé de 30,08% en 1979 à 56,89% en 2014. En France il est de 56,85%. L’abstention est particulièrement prononcée chez les jeunes et dans les milieux populaires; ces derniers, pour qui la politique relève « d’un spectacle ésotérique », pèsent ainsi de moins en moins sur le résultat des élections européennes (mais aussi nationales). Dans le climat actuel de discrédit de la classe politique et de désenchantement vis-à-vis du projet européen, qui s’est traduit par une forte poussée de l’extrême droite en France et en Europe, ne nous étonnons pas qu’un grand nombre de nos concitoyens se soient ainsi pliés à la fameuse invitation de l’écrivain Octave Mirbeau (Grève des électeurs -1898) « Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève ».

L’Europe demeure terra incognita pour bien des citoyens pour qui ce projet, comme le soulignait récemment l’historien Jean-Noël Jeanneney, « est resté celui des élites »; les Français estiment manquer d’informations sur l’Union européenne, qu’ils perçoivent lointaine et technique. L’Europe donne l’impression de fonctionner en vase clos à Bruxelles. Si la démocratie représentative qui fonde le fonctionnement de l’Union européenne (article 10, traité UE) mène à une démocratie de l’abstention, de moins en moins représentative de toutes ses composantes, n’est-il pas temps de promouvoir la démocratie participative? Reconnectons les citoyens à l’Europe mais aussi l’Europe aux citoyens! Ces derniers ne sont pas voués à n’être que des consommateurs du grand marché intérieur ou des sujets homo electus qu’on convoque à des rituels électoraux tous les 5 ans.

Comme le suggérait l’ancien maire de Venise, le philosophe Massimo Cacciari, il faut inviter les gens à réinvestir la Cité pour renouer avec une démocratie authentique. Or, pour s’affirmer citoyen européen encore faut-il qu’émerge la conscience d’une citoyenneté européenne de droits et de devoirs; si cette dernière est bien consacrée par les traités et s’ajoute à la citoyenneté nationale sans la remplacer, elle doit encore trouver les moyens de se donner une âme. La citoyenneté européenne est un processus qui se construit plus que jamais au quotidien et dans la proximité.

Des outils institutionnels existent mais sont peu connus et peu utilisés: consultations publiques de la Commission européenne, recours au médiateur européen, questions et droit de pétition auprès du Parlement européen (depuis 2009, seules 10.000 pétitions ont été déposées et concernent l’environnement, la libre circulation des personnes, les discriminations, l’emploi, la justice, la corruption,); initiative citoyenne européenne. Cette dernière, introduite par le traité de Lisbonne, est compliquée à mettre en œuvre: 1 million de signatures en un an avec un nombre minimum par Etat pour inviter la Commission à faire, si elle en est d’accord, une proposition législative dans un domaine de compétence européenne. Une seule, celle revendiquant l’eau comme un bien public, est jusqu’à présent parvenue au stade d’examen de la Commission européenne (mars 2014) et n’a malheureusement débouché sur aucune initiative de cette dernière.

Il faut aller au-delà du cadre institutionnel et inventer de nouveaux outils pour créer un environnement propice à un véritable espace public européen où chacun peut devenir acteur de la construction européenne et être pleinement citoyen européen.

De nombreuses associations mènent un travail important pour promouvoir l’information et le débat européen en France, malheureusement insuffisant. Ce travail doit aller de pair avec une couverture médiatique plus forte. La pétition « Plus d’Europe à la télé » va dans ce sens. Le Sénat propose quant à lui la création d’une Radio France Europe (RFE) pour mieux faire connaître aux Français la vie des et dans les 27 autres Etats membres. L’information est certes importante, encore faut-il qu’elle puisse toucher des publics et des territoires bien éloignés des débats européens. L’association EuropAnous vise à tisser du lien européen précisément là où il fait défaut, pour rendre « l’Europe populaire mais pas populiste », de façon à mettre le citoyen au cœur de l’Europe et l’Europe au cœur du citoyen, de tous les citoyens au sens le plus large. Il est en effet urgent de décloisonner ces différents mondes, de travailler à plus de proximité et de confiance commune de part et d’autre, à la construction d’un sens commun européen et d’un commun européen qui ait et qui donne du sens. Les citoyens, quels qu’ils soient, doivent se réapproprier plus que jamais la res publica européenne, nourrir le projet européen par leurs idées, leurs utopies, leurs rêves, leurs initiatives, pour que chacun se sente membre à part entière et non pas totalement à part de la Polis, de la Cité européenne.

EuropAnous veut promouvoir davantage de proximité européenne en mettant en place des maisons européennes du citoyen qui seront des outils de synergie entre les populations locales, les associations, les syndicats, les coopératives, les entreprises, les élus locaux, nationaux, européens, les instances européennes et leurs bureaux de représentation, etc. Les maisons européennes du citoyen constitueront non seulement un espace d’information et de débat mais surtout de formation à la citoyenneté européenne en permettant à chacun d’utiliser au mieux le cadre européen et d’influencer son contenu. Les maisons européennes du citoyen se veulent caisse de résonance et de transmission des attentes et des propositions des citoyens vis-à-vis des programmes et des législations européennes, pour ainsi renforcer leur ancrage dans le processus décisionnel européen (notamment au travers du Parlement européen); elles permettront de mobiliser les citoyens pour interpeller les instances européennes et d’être force de propositions. Elles constitueront une sorte d’agora (accessible et ouverte à tous sans restriction aucune), où l‘isegoria, ce droit à la parole de l’antique Athènes, permettra à celui « qui veut, qui peut » de « donner un avis utile pour » la Cité européenne.

Comme l’a souligné le philosophe allemand Jürgen Habermas « nous n’avons besoin d’aucun peuple européen, mais d’individus éclairés, ayant appris qu’ils sont à la fois, réunis en de mêmes personnes, citoyens d’un Etat et citoyens européens ».

 

Voir sur le site : http://www.huffingtonpost.fr/djemila-boulasha/maison-europeennes-du-citoyen_b_5392391.html

L’Europe doit d’urgence redonner du sens à son projet – Médiapart

MediapartArticle publié par Médiapart le 7 mai 2014, rubrique Les invités de Mediapart

Juriste de droit communautaire, Djémila Boulasha a créé l’association EuropAnous pour « créer du lien européen là où il fait défaut, en particulier dans les quartiers populaires ». Inquiète, à l’approche des élections, « des poussées d’euroscepticisme et d’europhobie » et face à l’urgence sociale, elle estime que les citoyens doivent agir pour se réapproprier le projet européen.

Je ne suis ni une femme engagée, ni une femme enragée mais à l’instar de l’écrivain italien Erri De Luca, je suis une femme qui « a pris des engagements » ; des engagements envers le milieu modeste d’où je viens et de ses valeurs ; je ferais en effet mienne cette pensée lumineuse d’Albert Camus qui dit en parlant des artistes que « chacun garde, au fond de lui, une source unique qui alimente pendant sa vie ce qu’il est et ce qu’il dit. …. Pour moi, je sais que ma source est dans ce monde de pauvreté et de lumière où j’ai longtemps vécu et dont le souvenir me préserve encore des deux dangers contraires qui menacent toute personne, le ressentiment et la satisfaction. »

C’est cet ancrage qui m’a donné et qui me donne la force de mes engagements.

Issue d’un milieu populaire, je viens d’une vallée qui un temps fut riante : la vallée des « ange », dans l’Est de la France, en Lorraine ; vallée industrielle où les noms de villes se terminent par « ange » ; je viens plus précisément de la cité du Haut Kem à Ebange puis de la rue du Luxembourg à Florange ; Florange, sortie il y a plusieurs mois de l’anonymat et que vous associez tous à présent à la sidérurgie, aux hauts fourneaux, aux restructurations, à ArcelorMittal, etc.

Florange, comme d’autres villes de Moselle, ce « pays aux 3 frontières » (Luxembourg, Belgique, Allemagne) bat au tempo européen. Depuis des décennies, des hommes et des femmes sont venus de toute l’Europe et de la Méditerranée pour façonner la singularité de la vallée et « forger l’acier rouge avec leurs mains d’or » comme le dit la chanson. C’est cette vallée et son cortège d’humanité avec ses valeurs de solidarité, d’entraide des plus humbles envers les plus humbles, de dignité, d’honneur (l’honneur, n’est-il pas, selon Camus, la dernière richesse des pauvres ?), de partage, de curiosité, du goût des autres et de l’amour de mes parents, toutes ces valeurs dans lesquelles j’ai grandi et qui m’ont fait grandir, et qui ont façonné mon vif attachement à la « chose » européenne, la res publica européenne ; car je faisais en quelque sorte déjà l’Europe sans le savoir comme d’autres font des vers sans en avoir l’air !

Car « nous les autres », comme le dit si bien l’écrivain grec Yannis Kiourtsakis (« puisque les autres ne cessent de nous habiter et de nous transformer »), nous formions une petite Europe, une sorte de Mitteleuropa dans la vallée des « ange » : brassage de cultures et de langues ; Français, Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, Maghrébins, qui vivions dans des conditions matérielles certes modestes mais riches d’une humanité et qui avions le même langage : celui de la solidarité qui nous rendait solide car la solidarité entraîne la solidité ; solidarité et solidité n’ont-elles d’ailleurs pas la même racine ? Du latin solidus (massif), in solidum (pour le tout). La solidarité, c’est ce liant qui nous assemble, nous rassemble et nous rend plus fort ensemble.

C’est le cinéaste Robert Guédiguian qui, dans ses films qui se déroulent  principalement à Marseille dans le quartier de l’Estaque, a dépeint à merveille cette solidarité ainsi que son délitement dans le milieu ouvrier, de ceux qu’il nomme avec affection (et non avec affectation) « les pauvres gens », ouvriers, salariés, petits patrons, chômeurs, déclassés….

J’ai retrouvé ce socle de valeurs liées à la solidarité, à l’ouverture à l’autre dans le projet européen, dans l’idéal européen, comme dans un miroir ; c’est ce qui m’a servi de fil d’Ariane tout au long de mon parcours académique, professionnel et citoyen rythmé par l’Europe, prégnante comme une évidence !

Je suis juriste de droit communautaire formée notamment à Metz, Nancy, Paris, en Italie, au Luxembourg, en Espagne ; j’ai bénéficié, comme quelque 3 millions de personnes depuis 25 ans, du fameux programme Erasmus, deux ans après son lancement en 1987 ; cela m’a permis d’étudier le droit social européen durant quelques mois dans un cadre hors du commun à l’Institut universitaire européen de Florence, niché dans une ancienne abbaye de la Renaissance, la Badia Fiesolana, dans les collines de Fiesole ; cela m’a permis de rencontrer et d’échanger des idées avec des étudiants et des professeurs de toute l’Europe et même de faire partie d’une chorale, moi l’analphabète du solfège, pour chanter des chants liturgiques du 12ème siècle !

J’ai ensuite débuté mon parcours professionnel à Bruxelles où j’ai longtemps été basée ; j’ai alors été impliquée dans des programmes, des projets et des réseaux européens tous basés sur la dynamique européenne qui fait travailler ensemble des personnes de toute l’Europe pour résoudre des problèmes communs, identifier des solutions pertinentes et avancer ensemble vers un mieux commun.

La première personne qui m’a mis le pied à l’étrier européen, dans ce microcosme très fermé, et qui a été un passeur et ami très cher, était un Allemand, Fritz Wittek, à qui je voudrais rendre hommage; c’était le pape de l’interculturel qui a travaillé intensément au sein de la Commission européenne pour faire émerger des programmes européens d’éducation et de formation plus adaptés à la diversité existant en Europe. J’ai œuvré avec lui au sein d’Eurydice, programme européen d’échanges d’information en matière d’éducation ; j’ai contribué au sein d’Eurocities, réseau des grandes villes européennes (Stockholm, Berlin, Francfort, Copenhague, Palerme, Bologne, Turin, Cracovie, Varsovie, Barcelone, Madrid, Birmingham, Liverpool, Leeds, Amsterdam, Rotterdam, Bordeaux, Marseille, Nantes etc…) à stimuler les échanges, le partage de savoir-faire et de bonnes pratiques entre les grandes villes européennes sur des questions comme la lutte contre l’exclusion sociale, l’emploi/formation des jeunes, l’accueil des personnes âgées, l’éducation interculturelle, l’environnement, le développement local, etc. J’ai contribué à la mise en place d’un programme européen concernant l’accès au marché du travail de catégories particulièrement défavorisées (handicapés, jeunes, femmes, migrants, ex-détenus, ex-toxicomanes). Je suis aussi intervenue plus récemment comme experte auprès du Comité économique et social européen (CESE), qui représente la société civile européenne organisée, pour promouvoir des actions européennes pour lutter contre la pauvreté énergétique (création d’un fonds de solidarité énergétique, mise en place d’un observatoire européen de la pauvreté, etc.).

Toutes ces expériences, extrêmement passionnantes, m’ont profondément enrichie. Quand, il y a quelques années, je suis revenue me baser en France, pour être la diplomate d’affaires publiques d’une entreprise de service public, j’ai eu envie de transmettre « mes acquis communautaires », de partager mon expérience. Et cela d’autant plus que j’avais constaté l’énorme fossé entre le microcosme européen à Bruxelles et le terrain local. L’Europe semblait être une terra incognita pour bon nombre de mes concitoyens.

J’ai créé avec quelques amis l’association EuropAnous pour créer du lien européen précisément là où il fait défaut, en particulier dans les quartiers populaires, pour décloisonner ces mondes, pour rendre « l’Europe populaire », car toute personne doit pouvoir être membre à part entière et non pas totalement à part, de la Polis européenne, de la cité européenne, doit pouvoir s’approprier le projet européen, le nourrir de ses idées, ses utopies. Un des projets qui me tient à cœur est de mettre en place des Maisons européennes du citoyen pour non seulement s’informer (ce que font parfaitement bien de nombreuses autres associations) mais également se former, se mobiliser pour interpeller les instances européennes, pour trouver des financements européens pour des initiatives, pour être force de propositions, etc. Bref, devenir véritablement citoyen européen dans sa conception la plus large du mot et non strictement lié à la nationalité.

Vous l’aurez donc compris, si l’Europe ne semble pas être une passion française, elle est en tout cas la mienne, intensément, ardemment, sans pour autant tomber dans la satisfaction ni dans l’eurobéatitude. Je sais combien l’Europe fascine à l’extérieur. Je me souviens des propos de l’ancien président brésilien Lula de passage à Paris en 2011 lorsqu’il a été fait docteur honoris causa à Science Po : il avait souligné combien ce modèle d’intégration régionale unique faisait rêver ailleurs dans le monde et que l’Europe faisait partie du patrimoine mondial de l’humanitéLes récentes manifestations en Ukraine ont également constitué un vibrant plaidoyer pour le projet européen.

Cependant, il nous faut absolument être lucide ; « la lucidité, nous dit le poète René Char, est la blessure la plus rapprochée du soleil ». Cette lucidité, certes ô combien douloureuse, nous oblige, m’oblige à porter sur l’Europe un regard sans complaisance aucune.

Car au sein de l’Union, tous les voyants sont au rouge. La période actuelle est marquée par un fort discrédit et une vive défiance envers le politique, ce qui impacte le projet européen. Les citoyens français et européens sont désenchantés, ce qui se traduit par des poussées d’euroscepticisme et d’europhobie. Rappelons le taux d’abstention en France aux dernières élections européennes en 2009 : 59,37% (et 57,24% en 2004). Dans certaines villes comme à Bobigny, il s’était élevé à 74,62% ; cette désaffection dans les milieux populaires a fait dire à certains chercheurs que la politique s’y apparentait à « un spectacle ésotérique » ! Pour le prochain scrutin européen dans quelques semaines, les sondages annoncent un très fort taux d’abstention et une forte poussée de l’extrême droite ; ce qui ne peut qu’être alarmant pour tous les républicains que nous sommes.

Nos concitoyens, ne se retrouvent plus, avec raison, dans l’Europe d’aujourd’hui, monstre froid et technocratique, figée dans ses prétentions, éloignée des aspirations sociales ; les citoyens ont le sentiment que l’Europe fonctionne en vase clos, impression renforcée dans ce contexte de crise par l’arrogance de troïkas impérieuses sans légitimité démocratique qui imposent leurs conditions drastiques aux Etats. Les politiques d’austérité menées en Europe impactent surtout les plus modestes, qui payent le prix fort de la crise ; explosion des inégalités, augmentation du chômage (1 jeune sur 4 n’a pas d’emploi en Europe, 12% de chômage en Europe en décembre 2013) ; plus de 120 millions d’individus sont menacés en Europe par la pauvreté et l’exclusion sociale ; 15 millions de personnes en Europe seraient des « pauvres énergétiques ». On assiste à l’émergence d’une société de précariat, comme le disait le sociologue Robert Castel, ce qui fissure le vivre ensemble dans la Cité européenne.

Je le dis sans ressentiment aucun : l’Europe actuelle donne l’impression d’être forte avec les faibles et faible avec les forts. Si les citoyens européens sont tous égaux, certains semblent plus égaux que d’autres, comme le dit Orwell. La concurrence est un dogme érigée en totem ; le marché une fin en soi, où les individus sont des consommateurs avant d’être des citoyens, où règne « la gouvernance par les nombres » dénoncée par le juriste de droit social Alain Supiot.

Mais qui peut tomber amoureux d’un grand marché, comme l’a dit Jacques Delors, l’ancien président de la Commission européenne ?

Alors il est temps qu’il soit temps, comme le dit le poète Paul Celan, il est temps qu’il soit temps que l’Europe retrouve ses engagements initiaux et réaffirme, plus que jamais, les principes qui sont au cœur de la démocratie sociale ; qu’elle renoue comme nous y invite Alain Supiot à l’esprit de Philadelphie qui a irrigué le projet européen, en particulier les valeurs de dignité humaine et de solidarité. En s’éloignant de ces dernières, parents pauvres de son action, l’Europe en est devenue moins solide. L’économie et la concurrence ne doivent plus être des fins en soi, mais des moyens au service des Hommes, pour une plus grande justice sociale et une meilleure redistribution des richesses.

Face à l’urgence sociale, « cette grande colère des faits » chère à Michel Foucault, l’Europe et nous, citoyens, sommes sommés d’agir ; nous avons l’impérieuse responsabilité de nous engager à agir, pour nous réapproprier le projet européen car « il n’est pas de paix durable sans justice sociale ». L’Europe doit d’urgence retrouver le sens, redonner du sens à son projet au risque de perdre son âme. L’Europe et nous, citoyens, devons agir pour ne plus faire rimer « droit des pauvres » avec « pauvres droits » ! En cette année 2014 proclamée (tout comme 2013) Année européenne des citoyens, nous devons agir pour que chacun puisse vivre dignement en Europe, travailler dignement, se loger dignement, se soigner dignement, se former dignement.

En tant que citoyenne française et européenne, j’ai pris des engagements pour réhabiliter la parole publique, j’ai pris des engagements pour revivifier notre si belle devise républicaine «Liberté, égalité, fraternité». En tant que citoyenne française et européenne, j’ai pris des engagements pour donner une âme à la devise de l’Union européenne : « Unis dans la diversité ».

Djémila Boulasha, présidente fondatrice de l’association EuropAnous

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Voir sur le site : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/070514/l-europe-doit-d-urgence-redonner-du-sens-son-projet